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AFP/DIDIER
PALLAGES Jusqu'aux
années 1970, le corps médical pensait que les bébés ne ressentaient pas la
douleur.
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LE MONDE |
17.10.06 | 16h03 • Mis à jour le 17.10.06 | 16h03
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Rendue publique lundi 16 octobre,
cette étude épidémiologique sans équivalent dans le
monde vient combler un vide, car on
ignorait jusqu'alors la fréquence des gestes douloureux et celle de
l'utilisation des moyens analgésiques disponibles.
Conduite par le docteur
Ricardo Carbajal
(de l'hôpital d'enfants Armand-Trousseau, à
Paris), l'étude a été réalisée entre
septembre 2005 et janvier 2006. Treize centres de réanimation néonatale et cinq
services mobiles d'urgences pédiatriques d'Ile-de-France y ont participé, avec
respectivement 431 et 478 enfants, suivis par un total de 652 soignants. Dans
les services de réanimation, il s'agissait surtout d'enfants nés prématurément :
50 % des petits avaient moins de 7 mois de gestation et un quart moins de 6 mois
et demi.
Au cours de la période
d'observation, 30 161 gestes de nature
douloureuse ont été réalisés sur les 431 nouveau-nés en
réanimation (seuls résultats communiqués à ce
jour). Parmi les plus fréquents figurent les aspirations dans la trachée (33 %),
les ponctions de sang au talon (28 %), les décollages cutanés de différents
adhésifs (18 %), suivis par les ponctions vasculaires périphériques et les poses
de sonde gastrique.
Les gestes inconfortables comme
les aspirations nasales, les soins de nursing avec mobilisation de l'enfant et
les aspirations buccales ont été nombreux, eux aussi (30 814 comptabilisés). En
moyenne, chaque enfant a subi 70 gestes douloureux dont 60 % ont été pratiqués
soit avec une analgésie ad hoc, soit sous sédation avec une analgésie
administrée en continu. Un peu plus de 5 % ont été pratiqués en présence des
parents.
L'étude a mis en évidence "une fréquence extrêmement élevée de gestes
douloureux pratiqués dans les unités de réanimation" mais aussi
"une utilisation importante, mais encore
insuffisante, de moyens analgésiques lors de la réalisation de ces
gestes", résume le docteur Carbajal. Pour le docteur Daniel Annequin,
président du comité scientifique du CNRD, les difficultés de certaines équipes à
admettre la réalité de la douleur chez l'enfant tient en partie "aux remises en cause que cela suppose par rapport
aux pratiques, peu compatibles avec la représentation idéalisée du
soignant". Néanmoins, les progrès accomplis ces dernières années
montrent qu'il est possible de progresser dans ce
domaine.
Chez l'enfant, la douleur est
souvent majorée. "Plus il est jeune, plus
ses réactions à la douleur augmentent: la répétition d'actes douloureux en
renforce l'intensité", rappelle la brochure "La douleur en
question". Cette dernière, réalisée par la Société d'étude et de traitement de
la douleur, est disponible sur le site Internet du ministère de la
santé.
Pourtant, il fut un temps où les
médecins s'accordaient à estimer que les nouveau-nés ne ressentaient pas la
douleur en raison de l'immaturité de leur système nerveux. Cela ne remonte pas à
Diafoirus et aux médecins de Molière mais existait encore au début des années
1970. Au point que des interventions chirurgicales pouvaient encore être
pratiquées sans anesthésie chez le tout-petit. A présent, il
est scientifiquement établi que la perception de la douleur est possible dès la
24e semaine de vie intra-utérine.
En France, la situation a évolué,
surtout à partir de la seconde moitié des années 1980. Deux programmes nationaux
antidouleur avaient été lancés par Bernard Kouchner, à l'époque où il était
ministre chargé de
Dans le cas des enfants et des
adolescents, le Plan encourage à poursuivre les efforts pour "l'évaluation et la traçabilité systématique de
l'intensité de la douleur, de sa prévention notamment lors des actes douloureux
(soins, actes invasifs diagnostiques ou thérapeutiques et de
radiologie)" et appelle à renforcer la formation des professionnels
médicaux et paramédicaux.
L'étude Epippain : bientôt en
ligne sur www.cnrd.fr.
Pour consulter "La douleur en
question" : www.sante.gouv.fr.
Plan d'amélioration de la prise en
charge de la douleur 2006-2010 : consultable sur
www.sante.gouv.fr/htm/dossiers/prog_douleur/doc_pdf/plan_douleur06_2010.pdf
Paul
Benkimoun
Article paru dans
l'édition du 18.10.06
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3238,36-824439@51-824535,0.html